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miércoles, 27 de mayo de 2026

David Marcia productions (..."ces dramaturges généreux et sauvages")

 Un passage de La Vie mode d'emploi (Georges Perec, p. 450-51):

...avant que David Marcia ne se décide enfin à arrêter les frais.

Il s'intéressa alors à un village de vacances installé en Tunisie dans les îles Kerkennah.  De toutes ces entreprises ce fut la seule qui aurait pu réussir: moins courues que Djerba, les îles Kerkennah offraient aux touristes le même genre d'avantages, et le village de vacances était bien équipé: on pouvait y faire aussi bien du cheval que de la voile, du ski nautique, de la chasse sous-marine, de la pêche au gros, des promenades à dos de chameau, des stages de poterie, de tissage ou de sparterie, de l'expression corporelle et du training autogène. Associé à une agence de voyages qui l'alimentait en clients près de huit mois par an, David Marcia devint directeur du village et les premiers mois tout se passa plutôt bien, jusqu'au jour où il recrute, pour animer un stage de théâtre, un comédien nommé Boris Kosciuszko.

Boris Kosciuszko était un homme d'une cinquantaine d'années, grand et maigre, avec un faciès anguleux, des pommettes saillantes, des yeux de braise. Selon sa théorie, Racine, Corneille, Molière et Shakespeare étaient des auteurs médiocres abusivement élevés au rang de génies par des metteurs en scène moutonniers et sans imagination.  Le vrai théâtre, décrétait-il, avait pour titres Venceslas de Rotrou, Manlius Capitolinus de Lafosse, Roxelane et Mustapha de Maisonneuve, Le Séducteur amoureux de Longchamps; les vrais dramaturges s'appelaient Colin d'Harleville, Dufresny, Picard, Lautier, Favart, Destouches; il en connaissait comme ça des dizaines et des dizaines, s'extasiait imperturbablement sur le beautés cachées de l'Iphigénie de Guimond de la Touche, l' Agamemnon de Népomucène Lemercier, l'Oreste d'Alfieri, la Didon de Lefranc de Pompignan, et soulignait pesamment les lourdeurs que, sur des sujets analogues ou voisins, les soi-disants Grands Classiques avaient commises. Le public cultivé de la Révolution et de l'Empire qui, Stendhal en tête, mettait sur le même plan l'Orosmane de la Zaïre de Voltaire et l'Othello de Shakespeare, ou Rhodamniste de Crébillon et Le Cid, ne s'y était pas trompé, et jusqu'au milieu du eix-neuvième siècle, les deux Corneille furent publiés ensemble et l'œuvre de Thomas appréciée au moins autant que celle de Pierre. Mais l'instruction laïque obligatoire et le centralisme bureaucratique avaient, à partir du Second Empire et de la Trosième République, écrasé ces dramaturges généreux et sauvages et imposé l'ordre débile et étriqué pompeusement baptisé classicisme. 

L'enthousiasme de Boris Kosciuszko était apparemment communicatif car quelques semaines plus tard, David Marcia annonça par voie de presse la création du Festival de Kerkennah, destié, était-il précisé, à "sauvergarder et promouvoir les trésors retrouvés de la scène". Quatre pièces étaientñannoncées: Jason d'alexandre Hardy, Inès de Castro de Lamotte-Houdar, une comédie en un acte et en verse de Boissy, Le Bobillard, toutes trois montées par Boris Kosciuszko, et Le Seigneur de Polisy, tradédie de Raimond de Guiraud dans laquelle s'était immortalisé Talma, mis en scène par le Suisse Henri Agustoni. Diverses autres manifestations étaient prévues, dont un symposium international dont le thème—le mythe des trois unités—constituait à lui seul un éclatant manifeste.

David Marcia ne lésina pas sur les moyens, escomptant que le succès du Festival rejaillirait sur le renom du village de vacances. Avec l'appui de quelques organisations et institutions, il fit bâtir un théâtre de plein air de huit cents places, et tripla le nombre de ses bungalows afin d'assurer l'hébergement des acteurs et des spectateurs.

Les acteurs vinrent en foule—il en fallait une vingtaine rien que pour jouer Junon—et il y eut également affluence de décorateurs, costumiers, éclairagistes, critiques et universitaires; par contre il y eut très peu de spectateurs payants et plusieurs répresentations furent annulées ou interrompues par ces violents orages qui éclaten fréquemment dans cette région au milieu de l'été: à la clôture du festival, David Marcia pur calculer que ses recettes s'élevaient à 98 dinars, alors que l'opération lui en avait coûté près de 30.000.

 

 

viernes, 13 de marzo de 2026

Bibliography of the Works of Samuel Beckett

 

An AI podcast on my bibliography of Beckett's works. From More Pricks than Kicks, and before, to Worstward Ho, and beyond....

_____. "Bibliography of the Works of Samuel Beckett" AI podcast on José Angel García Landa's "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)." Online audio at  Academia 13 March 2026.*

         https://www.academia.edu/405477


There are not that many podscasts done on bibliographies, so do your best to enjoy this one.

 


 

 This bibliography can also be found here:

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)." Revista Alicantina de Estudios Ingleses 5 (1992): 213-39.*

         https://www.ua.es/dfing/publicaciones/raei/5/abstracts5.htm#Garc

         2000 DISCONTINUED 2020

         https://doi.org/10.14198/raei.1992.5.17

         2020

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)." Online PDF at RUA: Repositorio Institucional de la Universidad de Alicante.*

         http://hdl.handle.net/10045/5459

         2010

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)."  Academia 8 Jan. 2011.*

         https://www.academia.edu/405477

         2015 (+AI podcast, 2026)

         https://www.academia.edu/104883538/

         2023

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)." Zaguán 4 Feb. 2012.*

         http://zaguan.unizar.es/record/6827

         2012

_____. "A Bibliography of the Works of Samuel Beckett (1906-1989) / Bibliografía de las obras de Samuel Beckett (1906-1989)." SSRN 10 Jan. 2011.*

         http://ssrn.com/abstract=1736784

         2011

English & Commonwealth Literature eJournal 10 Jan. 2011.*

http://www.ssrn.com/link/English-Commonwealth-Lit.html

2012

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett." ResearchGate 28 July 2012.*

         https://www.researchgate.net/publication/39438812

         2012

_____. "Bibliografía de las obras de Samuel Beckett." Semantic Scholar.*

         https://www.semanticscholar.org/paper/Bibliograf%C3%ADa-de-las-obras-de-Samuel-Beckett-Landa/8c938ccca030ae8b7f2c31d4faf1b0bc63e9af0a

         2020



miércoles, 25 de febrero de 2026

La mise en scène des apparitions

 Un passage satanique de La Vie mode d'emploi de Georges Perec:

(...)

Blunt Stanley était à la merci d'Aurelio Lopez et il sut très vite qu'Aurelio Lopez entendait bien en profiter: des qu'ils furent en lieu sûr, le Philippin prévint l'officier que tous les détails de sa désertion avaient été consignés para écrit et enfermé dans des enveloppes scellées déposées chez des hommes de loi qui avaient pour consigne d'en perdre connaissance si Lopez restait plus d'un certain temps sans leur donner signe de vie. Puis il lui demanda dix mille dollars. 

Blunt réussit à entrer en contact avec Ingeborg. Sur ses instructions, elle vendit tout ce qu'elle pouvait vendre —leur voiture, leur caravane, ses quelques bijoux— et gagna Hong-Kong où les deux hommes la rejoignirent. Quand ils eurent payé Aurelio Lopez, ils se retrouvèrent seuls, riches d'une soixantaine de dollars avec lesquels ils purent quand même atteindre Ceylan où ils réussirent à décrocher un engagement miteux dans un cinéma à attractions: entre les documentaires et le grand film, un rideau à paillettes venait recouvrir l'écran et un haut-parleur annonçait Joy and Hieronymus, les célèbres devins du Nouveau Monde. 

Leur premier numéro exploitait deux trucs classiques des magiciens de fête foraine: Blunt, en fakir, devinait diverses choses à partir de chiffres apparemment choisis au hasard; quant à Ingeborg, en voyante, elle éraflait avec une plume d'acier la gélatine d'une plaque photographique représentant Blunt et une balafre sanglante identique apparaissait sur le corps de son partenaire. Le public cinghalais raffole habituellement de ce genre d'attractions, mais ils boudèrent celles-là: très vite, Ingeborg se rendit compte que son mari avait sur scène une présence indéniable mais qu'il était absolument indispensable qu'il n'ouvre jamais la bourche, sinon pour émettre deux ou trois sons inarticulés.

L'idée première de leurs prestations ultérieures naquit de cette contrainte et s'affina rapidement: après divers exercices de divination, Ingeborg entrait en transe et, communiquant avec l'au-delà, en faisant émerger l'Illuminé lui-même, Swedenborg, "le Bouddha du Nord", vêtu d'une longue tunique blanche, la poitrine constellée d'emblèmes rosicruciens, apparition lumineuse, vacillante, fuligineuse et fulgurante, effrayante, accompagnée de craquements, d'éclairs, d'étincelles, d'effluves, d'exhalaisons, d'émanation de toutes sortes. Swedenborg se contentait de pousser quelques grognements indistincts, ou des incantations du genre de "Atcha Botatcha Sab Atcha" qu'Ingeborg traduisait en phrases sibyllines émises 'une voix sifflante et étranglée:

"J'ai franchi les mers. Je suis dans une ville centrale, au pied d'un volcan. Je vois l'homme dans sa chambre; il écrit, il porte une large chemise flottante, noire avec des parements jaunes et blancs; il place la lettre dans un recueil de poésies de Thomas Dekker. Il se lève; il est une heure sur la pendule qui orne sa cheminée, etc." 

Leur numéro,  fondé sur les préparations sensorielles et psychologiques habituelles dans ce genre d'attraction —jeux de miroir, jeux de fumée à base de diverses combinaisons de charbon, soufre et salpêtre, illusions d'optique, mise en scène sonore— recontra d'emblée le succès, et quelques semaines plus tard un tourneur de spectacles leur offrit un contrat intéressant pour Bombay, l'Irak et la Turquie. C'est là, au cours d'une soirée dans une boîte de nuit d'Ankara qui s'appelait The Gardens of Heian-Kyô qu'eut lieu la rencontre qui allait décider de leur carrière: à la fin de leur spectacle, un homme rendit visite à Ingeborg dans sa loge et lui proposa cinq mille livres sterling si elle consentait à le mettre en présence du Diable, et plus précisément de Méphistophélès, avec lequel il souhaitait passer le pacte habituel: son salut éternel contre vingt ans d'omnipotence.

Ingeborg accepta. Faire apparaître Méphistophélès n'était pas, en soi, plus compliqué que faire apparaître Swedenborg, même si cette apparition devait se produire en présence d'un témoin unique, et non plus devant plusieurs dizaines ou centaines de spectateurs indifférents, amusés ou médusés, et, de toute façon, assis beaucoup trop loin de la chose pour venir vérifier certains détails si l'envie leur en prenait. Car si ce spectateur privilégié avait cru à l'apparition du "Bouddha du Nord" au point de risquer cinq mille livres pour voir le Diable, il n'y avait aucune raison pour que sa demande ne soit pas comblée.

Blunt et Ingeborg s'installèrent donc dans une villa louée pour la circonstance et modifièrent leur mise en scène en fonction de l'apparition demandée. Au jour fixé, à l'heure dite, l'homme se présenta à la porte de la villa. Pendant trois semaines, obéissant aux scrictes recommandations d'Ingeborg, il s'était efforcé de ne jamais sortir avant la tombée de la nuit, de ne se nourrir que de légumes verts cuits à l'eau et de fruits pelés avec des instruments non métalliques, de ne boire que des décoctions de fleurs d'orangers et des infusions de menthe fraîche, de basilic et d'origan. 

Un serviteur indigène fit pénétrer le candidat dans une pièce presque sans meubles, entièrement peinte en noir mat, à peine éclairée par des torchères évasées qui donnaient des flammes d'un jaune verdâtre. Au centre de la pièce pendait une boule de cristal taillé, tournant lentement sur elle-même et dont les mille minuscules facettes lançaient de façon apparemment imprévisible des éclats étincelants. Ingeborg était assise en dessous, dans un haut fauteuil peint en rouge sombre. A environ un mètre d'elle, un peu à sa droite, sur des pierres plates posées à même le sol, un feu brûlait en dégageant une fumée abondante et âcre. 

Selon l'usage l'homme avait apporté dans un sac de toile bise une poule dont il banda les yeux et qu'il égorgea au-dessus du feu, en regardant dans la direction de l'est. Le sang de la poule n'éteignit pas le foyer; il parut au contraire, l'aviver: de hautes flammes bleues dansèrent et la jeune femme, pendant plusieurs minutes, les observa attentivement, sans davantage se préoccuper de la présence de son client. Enfin, se levant, elle prit avec une petite pelle des cendres qu'elle jeta sur le sol, un peu en avant de son fauteuil, où, instantanément, elles dessinèrent un pentacle. Prenant alors l'homme par le bras, elle le fit s'asseoir dans le fauteuil, l'obligeant à se tenir très droit, immobile, les mains posées bien à plat sur les accoudoirs. Elle-même, s'agenouillant au centre du pentacle, se mit à déclamer d'une voix suraigüe une incantation aussi longue qu'incompréhensible:

"Al barildim gotfano dech min brin alabo dordin falbroth ringuam albaras. Nin porth sadikim almucathin milko prin al elmim enthoth dal heben ensouim: kuthm al dum alkatim nim borth dechoth parth min michais im endoth, pruch dal maisolum hol moth dansrilim lupaldas im voldemoth. Nin hur diavosth mnarbotim dal goush palfrapin duch im scoth pruch galeth dal chinon min foulchrich al conin butathen doth dal prim." 

 Au fur et à mesure que l'incantation se déroulait, la fumée se faisait de plus en plus opaque.  Bientôt il y eut des fumerolles roussâtres accompagnées de crépitements et d'étincelles. Puis tout à coup les flammes bleuâtres grandirent démesurément et presque aussitôt retombèrent: juste derripere le feu, debout, les bras croisés, Méphistophélès souriait de toutes ses dents.

C'était un Méphisto plutôt traditionnel, presque conventionnel même. Il n'avait ni cornes, ni longue queue fourchue, ni pieds de bouc, mais un visage verdâtre, des yeux sombres très enfoncés dans leurs orbites, des sourcils épais et très noirs, des moustaches effilées, une barbichette à la Napoléon III. Il portait un costume assez imprécis dont étaient surtout visibles un jabot en dentelle immaculé et un gilet rouge sombre, tout le reste étant masqué par une grande cape noire dont les revers de soie rouge feu luisaient dans la demi-obscurité. 

Méphistophélès ne dit pas un mot. Il se contenta d'incliner très lentement la tête en portant sa main droite contre son épaule gauche. Puis il tendit le bras au-dessus du foyer dont les flammes semblaient maintenant presque immatérielles et dégagaient une fumée très parfumée, et il fit signe au candidat de s'approcher. L'homme se leva, et vint se placer devant Méphistophélès, de l'autre côté du feu. Le Diable lui tendit un parchemin plié en quatre sur lequel étaient tracés une dizaine de signes incompréhensible; puis, luis saisissant la main gauche, il lui piqua le pouce avec une aiguille d'acier, faisant perler une goutte de sang qu'il apposa sur le pacte; dans le coin opposé, il traça rapidement avec son index gauche apparemment couvert d'une suie grasse et épaisse sa propre signature, qui ressemblait à une grosse main qui n'aurait eu que trois doigts. Puis il déchira la feuille en deux, en mit une moitié dans la poche de son gilet et tendit l'autre à l'homme en s'inclinant profondément.

Ingeborg posa un cri strident. Il y eut comme un bruit de papier froissé et la lueur aveuglante d'un éclair explosa dans la pièce, accompagnée d'un coup de tonnerre et d'une intense odeur de soufre. Une fumée acre et épaisse se forma tout autour du foyer. Méphistophélès avait disparu et, se retournant, l'homme vit de nouveau Ingeborg assise dans son fauteuil; il n'y avait plus, devant elle, de trace du pentacle. 

En dépit des précautions exagérées dont elle s'entoura, et de l'aspect rigide, un peu trop appuyé, de ses manifestations, il semble bien que cette apparietion ait correspondu à ce qu'en attendait l'homme, car non seulement il paya sans rechigner la somme promise, mais un mois plus tard, toujours sans révéler son identité, il fit savoir à Ingeborg qu'un de ses amis, résident en France, avait le vif-désir d'assister à une cérémon ie identique à celle qu'il avait eu l'insigne honneru de voir se dérouler, et qu'il était disposé à lui donner cinq millions de francs français et à assurer de surcroît ses frais de déplacement et son séjour à Paris. 

C'est ainsi qu'Ingeborg et Blunt arrivèrent en France. Mais malheureusement pour eux ils n'y arrivèrent pas seuls. Trois jours avant leur départ, Aurélio Lopez, dont les affaires avaient mal tourné, les avait rejoints à Ankara et il exigea de partir avec eux. Il ne leur était pas possible de refuser. Ils s'installèrent tous les trois dans le grand appartement du premier. Il était déjà convenu que Blunt ne se montrerait jamais. Quant à Aurelio, il fut décidé qu'au lieu d'embaucher une femme de chambre et un maître d'hôtel, il ferait, sous le nom de Carlos, office de chauffeur, de garde du corps et de boy.

En un peu plus de deux ans, Ingeborg fit apparaître 82 fois le Diable, pour des prix qui finirent par atteindre vingt, ving-cinq et même une fois trente millions de francs (anciens). La liste de ses clients comprend six députés (dont trois devinrent effectivement ministres, et un seulement sous-secrétaire d'Etat), sept haut fonctionnaires, onze chefs d'entreprise, six officiers généraux et supérieurs, deux professeurs à la faculté de Médecine, divers sportifs, plusieurs grands couturiers, des restaurateurs, le directeur d'un journal et même un cardinal, le reste des candidats appartenant au monde des arts, des lettres, et surtout du spectacle. tous étaient des hommes, à l'exception d'une chanteuse d'opéra noire, dont l'ambition était de chanter le rôle de Desdémone: peu de temps après avoir conclu son pacte avec le Diable, elle réalisa son rêve grâce à une mise en scène "en négatif" qui fit scandale, mais assura la notoriété de la cantatrice et du metteur en scène: le rôle d'Otello était chanté par un Blanc, tous les autres rôles étant tenus par des artistes noirs (ou des Blancs maquillés) dans des décors et des constumes également "inversés" où tout ce qui était clair ou blanc (le mouchoir et l'oreiller par exemple, pour ne citer que ces deux accesoires indispensables) devenait sombre ou noir, et vice versa.

Personne n'émit jamais de doute sur la "réalité" de l'apparition et l'authenticité du pacte. Une seule fois, un de leurs clients s'étonna de conti nuer à avoir une ombre et de se voir dans les glaces, et Ingeborg dut lui faire comprender que c'était un privilège que Méphistophélès lui accordait pour lui éviter d'être "reconnu et brûlé vif en place publique".

Pour autant qu'Ingeborg et Blunt purent s'en rendre compte, l'effet des pactes fut presque toujours bénéfique: la certitude de l'omnipotence suffisait généralement à faire accomplir à ceux qui avaient vendu leur âme au Diable les prodiges qu'ils attendaient d'eux-mêmes. Le couple n'eut pas, en tout cas, de problème de recrutement. Trois mois à peine après leur arrivée à Paris, Ingeborg dut commencer à refuser les offres qui affluaient et à imposer aux candidats des tarifs de plus en plus élevés, des délais d'attente de plus en plus longs et des épreuves préparatoires de plus en plus rigoureuses. Quane elle mourut, son "carnet de commandes" était rempli pour plus d'un an, plus de trente candidats attendaient leur tour, et quatre d'entre eux se suicidèrent en apprenant sa mort.

La mise en scène des apparitions ne fut jamais très différente de ce qu'elle avait été à Ankara, si ce n'est que, très vite, les séances ne commencèrent plus dans l'obscurité. Les torchères évasées furent remplacées par des cylindres noirs, lourds d'apparence qui, debout sur le plancher, étaient surmontés de grosses ampoules sphériques en verre d'où émanait une vive clarté bleue qui diminuait insensiblement, laissant le candidat se rendre compte tout à son aise que la salle était vide en dehors de la jeune femme et de lui-même et que toutes les issues étaient hermétiquement closes. Le réglage des lumières, le dosage des flammes, l'insonorisation nécessaire aux effets de tonnerre, le déclenchement des pastilles de ferrocérium produisant à distance des étincelles, le maniement de la limaille de fer et des aimants, toutes ces techniques de turcage furent perfectionnées et quelques autres introduites, en particulier l'emploi de certains insectes aphanniptères doués d'un pouvoir phosphorescent qui les nimbe d'un halo vert, et l'usage de parfumes et d'encens spéciaux qui, se mêlant à l'odeur des lys et des tubéreuses dont les lieux étaient constamment imprégnés, créait une sensation propice aux manifestations surnaturelles. Ces ingrédients n'auraient jamais suffi à persuader un être un tant soit peu sceptique, mais ceux qui avaient accepté les conditions d'Ingeborg et qui avaient enduré les épreuves préliminaires arrivaient le soir du pacte prêts à être convaincus.

(...) 

 

 

 

 

 

 

 

 

miércoles, 29 de octubre de 2025

Le Cosmopolite

Un passage de Le Cosmopolite, ou le Citoyen du Monde (1750), pamphlet philosophique-satirique de Jean-Louis Fougeret de Monbron. Un misanthrope qui dénonce la misanthropie, le théâtre du monde, les Anglais, et les touristes:

 

En vain les Anglais quittent leur pays et parcourent les différentes contrées de l'Europe, ils reviennent chez eux, toujours les mêmes, sombres, mélancoliques, rêveurs, et généralement misanthropes. Comme je suis né d'un tempérament à peu près semblable au leur, le plus grand fruit que j'ai tiré de mes voyages ou de mes courses est d'avoir appris à haïr par raison ce que je haïssais par instinct. Je ne savais point jadis pourquoi les hommes m'étaient odieux; l'expérience me l'a découvert. J'ai connu à mes dépens que la douceur de leur commerce n'était point une compensation des dégoûts et des désagréments qui en résultent. Je me suis paraitement convaincu que la droiture et l'humanité ne sont en tous lieux que des termes de convention, qui n'ont au fond rien de réel et de vrai; que chacun ne vit que pour soi, n'aime que soi; et que le plus honnête homme n'est, à proprement parler, qu'un habile comédien, qui possède le grand art de fourber, sous le masque imposant de la candeur et de l'équité; et par raison inverse, que le plus méchant et le plus méprisable est celui qui sait le moins se contrefaire. Voilà justement toute la différence qu'il y a entre l'honneur et la scélératesse. Quelque incontestable que puisse être cette opinion, je ne serai pas surpris qu'elle trouve peu de partisans. Les plus vicieux et les plus corrompus ont la marotte de vouloir passer pour gens de bien. L'honneur est un fard, dont ils font usage pour dérober aux yeux d'autrui leurs iniquités. Pourquoi la Nature ingrate m'a-t-elle denié le talent de cacher ainsi les miennes? Un vice ou deux de plus, je veux dire, la dissimulation et le déguisement, m'auraient mis à l'unisson du genre humain. Je serais, à la vérité, un peu plus fripon; mais quel malheur y aurait-il? J'aurais cela de commun avec tous les honnêtes gens du monde. Je joirais, comme eux, du privilège de duper le prochain en sûreté de conscience:

Mais vains souhaits! Inutiles désirs! 

C'est mon lot d'être sincère; et mon ascendant, quoi que je fasse, est de haïr les hommes à visage découvert.  J'ai déclaré plus haut que je les haïssais par instinct, sans les connaître; je déclare maintenant que je les abhorre parce que je les connais, et que je ne m'épargnerais pas moi-même, s'il nétait point de ma nature de me pardonner préférablement aux autres. J'avoue donc de bonne foi que de toutes les créatures vivantes, je suis celle que j'aime le plus sans m'en estimer davantage. La nécessité indispensable où je me trouve de vivre avec moi veut que je sois indulgent et que je supporte mes faiblesses; et comme rien ne me lie aussi étroitement avec le genre humain, on ne doit pas trouver étrange que je n'aie pas la même complaisance pour les siennes. Ces lâches égards dont les hommes trafiquent entre eux, sont des grimaces auxquelles mon cœur ne saurait se prêter. On a beau me dire qu'il faut se conformer à l'usage; je ne consentirai jamais à écouter un original qui m'ennuie, ni à caresser un faquin que je méprise, encore moins à prodiguer mon encens à quelque scélérat. Ce n'est pas que je croie mieux valoir que le reste des humains: à dieu ne plaise que ce soit ma pensée. Au contraire, j'avoue de la meilleure foi du monde que je ne vaux précisément rien; et que la seule différence qu'il y a entre les autres et moi, c'est que j'ai la hardiesse de me démasquer, et qu'ils n'osent en faire autant. 

(Le Cosmopolite, Londres, 1753, p. 42-45)

 

domingo, 11 de mayo de 2025

Les Tragiques

 La Voix d'un texte : Agrippa d'Aubigné


vendredi 31 janvier 2025

 
Descriptif

 « La Voix d'un texte : Agrippa d'Aubigné »

Séance de La Voix d'un texte saison 2024-2025 (Séminaire d'élèves - cycle de lectures à l'Ecole normale supérieure) consacrée à  Agrippa d’Aubigné avec Christophe Bourgeois (Professeur en classe préparatoire à Sainte-Marie-de-Neuilly) et François Marthouret (comédien).

Auteur méconnu à la signature surprenante, Le Bouc du Désert nous fait replonger avec ses Tragiques dans le climat des guerres de religion.
Mais Agrippa d’Aubigné est loin de relater les malheurs du temps selon une perspective objective: son long poème aux accents baroques dépeint une France à feu et à sang grâce aux tonalités conjointes de l’allégorie et de l’histoire.
C’est cette ambivalence que la lecture polyphonique du comédien et du professeur met en évidence. L’expertise de Christophe Bourgeois sait éclairer les zones d’ombre d’un texte auquel il a consacré sa thèse. François Marthouret y prête sa voix en lui donnant toute sa densité.

miércoles, 27 de julio de 2022

Amplia comedia, cruel teatro

 

Creo que fue Horace Walpole el que sentenció que "el mundo es una tragedia para los que sienten, y una comedia para los que piensan." Al parecer, según nos cuenta Carlos García Gual, a Jean de La Fontaine habría que incluirlo entre estos últimos, pues sus fábulas enseñan una filosofía un tanto cínica, escéptica, desengañada e irónica en cuanto a las motivaciones humanas, o, digamos, las de los animales parlantes. El fabulista mismo parece tener pocas motivaciones al margen de esta observación irónica de los demás....

Esa despreocupación respecto a las riquezas, los honores y las obligaciones habituales de la vida fue la más notoria virtud de La Fontaine. En el mundo conflictivo y bestial que representan las fábulas de los animales parlantes, la ambición, la vanidad y el afán de venganza son los motivos constantes de la feroz lucha por la vida. Como en la Francia de su época, como en el mundillo cortesano de París, ésos son los motivos de la lucha por la vida: la ambición, la vanidad, las rivalidades que hacen de la sociedad un cruel teatro de peleas y desdichas, Eso es lo que impulsa a unos y otros en su continua refriega cotidiana y lo que trae consigo tantas desgracias y desastres. El mundo es así, y triunfar en él requiere practicar esos engaños y adecuarse a esas violencias. 

Pero quien, como nuestro fabulista, no tiene afán de medro ni lucro, quien no ambiciona ni está ávido de honores, no tiene por qué sentirse entrampado en ese juego de pasiones y astucias. Puede observar el juego desde su retiro, sin tomar partido ni recibir los golpes de unos y otros. Como se aconseja al final de la fábula de El hombre y la serpiente, una de las más amargas del repertorio, para evitar la cólera de los poderosos, el prudente sabe "hablar de lejos o bien callarse". Y quien observa así el espectáculo de la vida puede incluso divertirse con el espectáculo. "Una amplia comedia de cien actos diversos / y cuya escena es todo el universo."

 

            (Carlos García Gual, "El epicureísmo de La Fontaine y la moral de las fábulas." In García Gual, La luz de los lejanos faros: Una defensa apasionada de las humanidades. Barcelona: Planeta-Ariel, 2017. 206-19; 217).

 

Paying Attention to Attention

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