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sábado, 18 de abril de 2026

Théâtre du martyre

Selon Ernest Renan, L'Antéchrist (1873), décrivant la suite de l'incendie de Rome sous Néron, et l'inculpation et persécution des chrétiens. Avec l'affreux théâtre de la cruauté de Nerón avant Artaud.

 

On arrêta d'abord un certain nombre de personnes soupçonnées de faire partie de la secte nouvelle, et on les entassa dans une prison, qui était déjà un supplice à elle seule. Elles confessèrent leur foi, ce qui put être considéré comme un aveu du crime qu'on en jugeait inséparable. Ces premières arrestations en amenèrent un très-grand nombre d'autres. La plupart des inculpés paraissent avoir été des prosélytes observant les préceptes et les conventions du pacte de Jérusalem. Il n'est pas admissible que de vrais chrétiens nient dénoncé leurs frères; mais on put saisir des papiers; quelques néophytes à peine initiés purent céder à la torture. On fut surpris de la multitude des adhérents qu'avaient réunis ces deoctrines ténébreuses; on en parla non sans épouvante. Tous les hommes sensés trouvèrent l'accusation d'avoir mis le feu extrêmement faible. "Leur vrai crime, disait-on, c'est la haine du genre humain." Quoique persuadés que l'incendie était le crime de Néron, beaucoup de Romains sérieux virent dans ce coup de filet à la police une façon de délivrer la ville d'une peste très-meurtrière. Tacite, malgré quelque pitié, est de cet avis. Quant à Suétone, il range parmi les mesures louables de Néron les supplices qu'il fit subir aux partisans de la nouvelle et malfaisante superstition.

Ces supplices furent quelque chose d'effroyable. On n'avait jamais vu de pareils raffinements de cruauté. Presque tous les chrétiens arrêtés étaient des humiliores, des gens de rien. Le supplice de ces malheureux, quand il s'agissait de lèse-majesté ou de sacrilège, consistait à être livrés aux bêtes ou brûlés vifs dans l'amphithéâtre, avec accompagnement de cruelles flagellations. Un des traits les plus hideux des mœurs romaines était d'avoir fait du supplice une fête, et de la vue de la tuerie un jeu public.  La Perse, à ses moments de fanatisme et de terreur, avait connu d'affreux deploiements de tortures; plus d'une fois elle y avait goûté une sorte de volupté sombre; mais jamais avant la domination romaine on n'avait été jusqu'à chercher dans ces horreurs un divertissement public, un sujet de rires et d'applaudissements. Les amphithéâtres étaient devenu les lieux d'éxecution; les tribunaux fournissaient l'arène. Les condamnés du monde entier étaient acheminés sur Rome pour approvisionnement du cirque et l'amusement du peuple. Que l'on joigne à cela une atroce exagération dans la pénalité, qui faisait que de simples délits étaient punis de mort; qu'on y ajoute de nombreuses erreurs judiciaires, résultat d'une procédure criminelle défectueuse, on concevra que toutes les idées fussent perverties. Les suppliciés étaient considérés bien plutôt comme des malheureux que comme des criminels; en bloc, on les tenait pour presque innocents, innoxia corpora.

A la barbarie des supplices, cette fois, on ajoute la dérision. Les victimes furent gardées pour une fête, à laquelle on donna sans doute un caractère expiatoire. Rome compta peu de journées aussi extraordinaires. Le ludus matutinus, consacré aux combats d'animaux, vit un défilé inouï. Les condamnés, couverts de peaux de bêtes fauves, furent lancés dans l'arène, où on les fit déchirer par des chiens; d'autres furent crucifiés; d'autres, enfin, revêtus de tuniques trempées dans l'huile, la poix ou la résine, se virent attachés à des poteaux et réservés pour éclairer la fête de nuit. Quand le jour baissa, on alluma ces flambeaux vivants. Néron offirt pour le spectacle les magnifiques jardins qu'il possédait au delà du Tibre et qui occupaient l'emplacement actuel du Borgo, de la place et de l'église de Saint_Pierre. Il s'y trouvait un cirque, commencé par Caligula, continué par Claude, et dont un obelisque, tiré d'Héliopolis (celui-la même qui marque de nous jours le centre de la place de Saint-Pierre), était la borne. Cet endroit avait déjà vu des massacres aux flambeaux. Caligula, en se promenant, y fit décapiter à la lueur des torches un certain nombre de personnages consulaires, de sénateurs et de dames romaines. L'idée de remplacer les falots par des corps humains imprégnés de substances inflammables put paraître ingénieuse. Comme supplice, cette façon de brûler vif n'était pas neuve; c'était la peine ordinaire des incendiaires, ce qu'on appelait la tunica molesta; mais on n'en avait jamais fait un système d'illumination. A la clarté de ces hideuses torches, Néron, qui avait mis à la mode les courses du soir, se montra dant l'arène, tantôt mêlé au peuple en habit de jockey, tantôt conduisant son char et recherchant les applaudissements. Il yh eut pourtant quelques signes de compassion. Même ceux qui croyaient les chrétiens coupables et qui avouaient qu'ils avaient mérité le dernier supplice eurent horreur de ces cruels plaisirs. Les hommes sages eussent voulu qu'on fît seulement ce qu'exigeait l'utilité publique, qu'on purgeât la ville d'hommes dangereux, mais qu'on n'eût pas l'air de sacrifier des criminels à la férocité d'un seul.

Des femmes, des vierges furent mêlées à ces jeux horribles. On se fit une fête des indignités sans nom qu'elles souffrirent. L'usage s'était établi sous Néron de faire jouer aux condamnés dans l'amphithéâtre des rôles mythologiques, entraînant la mort de l'acteur. Ces hideux opéras, où la science des machines atteignait à des effets prodigieux, étaient chose nouvelle; la Grèce eût été surprise, si on lui eût suggéré une pareille tentative pour appliquer la férocité à l'esthétique, pour faire de l'art avec la torture. Le malheureux était introduit dans l'arène richement costumé en dieu ou en héros voué à la mort, puis représentait par son supplice quelque scène tragique des fables consacrées par les sculpteurs et les poëtes. Tantôt c'était Hercule furieux, brûlé sur le mont Œta, arrachant de dessus sa peau la tunique de poix enflammée; tantôt Orphée mis en pièces par un ours, Dédale précipité du ciel et évoré par les bêtes, Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Attys meurtri; quelquefois, c'étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge sur le dos, les femmes en prêtresses de Cérès, portant les bandelettes au front; d'autres fois enfin, des pièces dramatiques, au courant desquelles le héros était réellement mis à mort, comme Lauréolus, ou bien des représentations d'actes tragiques comme celui de Musius Scævola. A la fin, Mercure, avec une verge de fer rougie au feu, touchait chaque cadavre pour voir s'il remuait; des valet masqués, représentant Pluton ou l'Orcus, traînaient les morts par les pieds, assommant avec des maillets tout ce qui palpitait encore.

Les dames chrétiennes les plus respectables durent se prêter à ces monstruosités. Les unes jouèrent le rôle des Danaïdes, les autres celui de Dircé. Il est difficile de dire en quoi la fable des Danaïdes puvait fournir un tableau sanglant. Le supplice que toute la tradition mythologique attribue à ces femmes coupables, et dans lequel on les représentait, n'était pas assez cruel pour suffire aux plaisirs de Néron et des habitués de son amphithéâtre. Peut-être défilèrent-elles portant des urnes, et reçurent-elles le coup fatal d'un acteur figurant Lyncée. Peut-être vit-on Aymone, l'une des Danaïdes, poursuvie par un satyre et violée par Neptune. Peut-être enfin ces malheureuses traversèrent-elles succesivement devant les spectateurs la série des supplices du Tartare, et mourrurent-elles après des heures de tourments. Les représentations de l'enfer étaient à la mode. Qulques années auparavant (l'an 41), des Égyptiens et des Nubiens vinrent à Rome et eurent un grand succès, en donnant des séances de nuit, où l'on montrait par ordre les horreurs du monde souterrain, conformément aux peintures des syringes de Thèbes, notamment du tombeau de Séthi Ier.

Quant aux supplices des Dircés, il n'y a pas de doute. On connaît le groupe colossal désigné sous le nom de Taureau Farnèse, maintenant au musée de Naples. Amphion et Zéthus attachent Dircé aux cornes d'un taureau indompté, qui doit la traîner à travers les rochers et les ronces du Cithéron. Ce médiocre marbre rhodien, transporté à Rome dès le temps d'Auguste, était l'objet de l'universelle admiration. Quel plus beau sujet pour cet art hideux que la cruauté du temps avait mis en vogue et qui consistait à faire des tableaux vivants avec les statues célèbres? Un texte et une fresque de Pompéi semblent prouver que cette scène terrible était souvent représentée dans les arènes, quand on avait à supplicier une femme. Attachées nues par les cheveux aux cornes d'un taureau furieux, les malheureuses assouvissaient les regards lubriques d'un peuple féroce. Quelques-unes des chrétiennes immolées de la sorte étaient faibles de corps; leur courage fut surhumain; mais la foule infâme n'eut d'yeux que pour leurs entrailles ouvertes et leurs seins déchirés.

Néron fut sans doute présent à ces spectacles. Comme il était myope, il avait coutume de porter dans l'œil, quand il suivait les combats de gladiateurs, une émeraude concave qui lui servait de lorgnon. Il aimait à faire parade de ses connaissances de sculpteur; on prétend que sur le cadavre de sa mère il émit d'odieuses remarques, luant ceci, blâmant cela. Une chair palpitant sous la dent des bêtes, une pauvre fille timide, voilant sa nudité d'un geste chaste, puis soulevée par un taureau et mise en lambeaux sur les cailloux de l'arène, devaient offrir des formes plastiques et des couleurs dignes d'un connaisseur comme lui. Il était là, au premier rang, sur le podium, mêlé aux vestales et aux magistrats curules, avec sa mauvaise figure, sa vue basse, ses yeux bleus, ses cheveux châtains, bouclés en étages, la lèvre redoutable, son air méchant et bête à la fois de gros poupard niais, béat, bouffi de vanité, pendant qu'une musique d'airain vibrait dans l'air, ondulé par une buée de sang. Il raisonnait sans doute en artiste sur l'attitude pudique de ces nouvelles Dircés, et trouva, j'imagine, qu'un certain air de résignation donnait à ces femmes pures, près d'être déchirées, un charme qu'il n'avait pas connu jusque-là. 

 

 

 

 

 

martes, 6 de enero de 2026

Los Reyes y la mente modular

 Retropost, 2006;

Los Reyes y la mente modular

 
- Mira papá, qué nos han dejado los Leyes.
- Vaya, ¿han traído algo?
- Sí, mira. Regalos.
- Y se han bebido la leche. ¿Me puedo comer este trocito de galleta?
- Puaj, igual la ha mordido un camello...
- Ay, sí, puaj.
- Bah, ya me la como yo, total...

Ayer estuvimos viendo el desfile de carrozas, y los pequeños saludaban a los reyes como si les fuese algo en ello. Pero a mí el que me pasma es Álvaro. Cree en los Reyes contra toda evidencia, y va a pasar insensiblemente de creer en ellos a mantener la ficción, sin que ninguna de estas dos maneras de describirlo sea ajustada en realidad. "Muy amables han sido estos reyes", va diciendo por allí. Dice su madre que tiene mente modular. A mí me pasma como síntoma del entrenamiento que tenemos para a la vez creer y no creer en las cosas. Es una capacidad que va desde lo entrañable, como en este caso, a lo alarmante -- seguro que tiene algo que ver esto de la mente modular con nuestra ceguera selectiva a los sufrimientos del Tercer Mundo, o de los animales; o con el doublethink de Orwell, la capacidad para creer una cosa y su contraria que fomentan los regímenes totalitarios.

La atención y el seguimiento que fomentan los Reyes, o Papá Noel, tiene algo que ver, evidentemente, con la toma de relevo generacional. No por nada son ancianos (bueno, un joven, un maduro y un anciano, en el caso de los Reyes, normalmente, las edades de la vida si añadimos el niño). Ancianos, digo, que traen regalos a los niños (herencias, cultura, un patrimonio, además de juguetes). Como son ceremonias solsticiales, tienen algo que ver con la regeneración del ciclo solar y de la vida, a través de la sucesión de las generaciones. Es una cosa totalmente pagana y mítica, claro (como las religiones, son todas paganas). La gente nos apuntamos al ritual en masa como manera de recordar la infancia y a la vez como una manera de ir haciendo a los niños cómplices de su propia maduración, cuando se enteran del secreto, unas veces de golpe y otras por sectores modulares de la mente, como Álvaro. Por otra parte, a la religión católica, tan llenísima de dogmas increíbles que hay que creer (o decir que se cree en ellos, oficialmente) lo de los Reyes es una especie de reducción al absurdo de todo dogma, como soltar presión dogmática, decir los adultos entre sí, sin decirlo, claro, sólo ritualizándolo: "bueno, todo esto son ficciones, ilusiones para la mente infantil, pero hay que mantener la ilusión"...

De esta manera, entre la presión dogmática, el doublethink, la mente modular y el teatro que hacemos para los niños, lo cierto es que nadie sabe qué es cierto y qué no es cierto, pero todos mantenemos las ficciones necesarias, por consenso, y con entrenamiento, desde niños. Porque qué somos todos, más que niños que se han ido inflando desproporcionadamente.

domingo, 12 de octubre de 2025

Laureolus

 Un passage de L'Antéchrist de Renan —le Christianisme la magie et le théâtre à l'âge de Néron:

Toutes sortes d'intrigues que l'insuffisance des documents ne nous permet pas de démêler aggravaient la position des chrétiens. Les Juifs étaient très-puissants auprès de l'empereur et de Poppée. Les "mathématiciens", c'est-à-dire les devins, entre autres un certain Balbillus d'Éphèse, entouraient l'empereur, et, sous prétexte d'exercer la partie de leur art qui consistait à détourner les fléaux et les mauvais présages, lui donnaient d'atroces conseils. La légende qui mêle à tout ce monde de sorciers le nom de Simon le Magicien est-elle sans aucun fondement? Cela se peut sans doute; mais le contraire se peut aussi. L'auteur de l'Apocalypse est fort préoccupé d'un "faux prophète", qu'il représente comme un suppôt de Néron, comme un thaumaturge faisant tomber le feu du ciel, donnant la vie et la parole à des statues, marquant les hommes du caractère de la Bête. C'est peut-être de Balbillus qu'il s'agit; il faut reconnaître cependant que les prodiges attribués au Faux Prophète par l'Apocalypse ont beaucoup de ressemblance avec les tours d'escamotage que la légende attribue à Simon. L'emblème d'un agneau-dragon, sous lequel le Faux Prophète est désigné dans le même livre, convient mieux également à un faux Messie tel qu'était Simon de Gitton qu'à un simple sorcier. D'un autre côté, la légende de Simon précipité du ciel n'est pas sans analogie avec un accident qui arriva dans l'amphithéâtre, sous Néron, à un acteur qui jouait le rôle d'Icare. Le parti arrêté chez l'uteur de l'Apocalypse de s'exprimer en énigmes jette sur tous ces événements beaucoup d'obscurité; mais on ne se trompe pas en cherchant derrière chaque ligne de ce livre étrange des allusions aux circonstances anecdotiques les plus minutieuses du règne de Néron.

Jamais, du reste, la conscience chrétienne ne fut plus ppressée, plus haletante qu'à ce moment. On se croyait en un état provisoire et de très-courte durée. On attendait chaque jour l'apparition solennelle. "Il vient!... Encore une heure!...  Il est proche!..." étaient les mots qu'on se disait à tout instant. L'esprit du martyre, cette pensée que le martyr glorifie le Christ par sa mort, et que cette mort est une victoire, était déjà universellement répandu. Pour la païen, d'un autre côté, le chrétien devenait une chair naturellement dévolue au supplice. Un drame qui avait vers ce temps beaucoup de succès était celui de Laureolus, où l'acteur principal, sorte de Tartuffe fripon, était crucifié sur la scène aux applaudissements de l'assistance et mangé par un ours. Ce drame était antérieur à l'introduction du christianisme à Rome; on le trouve représenté dès l'an 41; mais il semble au moins qu'on en fit l'application aux martyrs chrétiens; le petit nom de Laureolus, répondant à Stéphanos, pouvait provoquer ces allusions. 

domingo, 9 de febrero de 2025

El Doctor Fausto y la pérdida del alma

 

 

Un pasaje dramático del libro de Unamuno Del Sentimiento Trágico de la vida, en el que se nos explica la obra de Marlowe (y la de Goethe) en relación con la pérdida de la fe. Que de eso va quizá  la tragedia del saber y del mucho leer de Fausto. En su contexto del renacimiento del paganismo y las humanidades clásicas en la era moderna, con una aguda interpretación de la escena de Helena de Troya. El que extrae Unamuno es un sentido intuido oscuramente más que buscado y pensado por Marlowe, pues la obra expresa la pérdida de la fe y de creencia en la inmortalidad del alma precisamente mediante su contrario, mediante las imágenes del pacto satánico y  de la condenación eterna en que se cae por no haber confiado en Dios y en la posibilidad de la salvación...

 

satanfausto1



El progresismo no satisfacía tampoco. Progresar, ¿para qué? El hombre no se conformaba con lo racional, el Kulturkampf no le bastaba; quería dar finalidad final a la vida, que esta que llamo la finalidad final es el verdadero óntos ón. Y la famosa maladie du siècle, que se anuncia en Rousseau y acusa más claramente que nadie el Obermann de Sénancour, no era ni es otra cosa que la pérdida de la fe en la inmortalidad del alma, en la finalidad humana del universo. 

Su símbolo, su verdadero símbolo es un ente de ficción, el Doctor Fausto. 

Este inmortal Doctor Fausto que se nos aparece ya a principios del siglo XVII, en 1604, por obra del Renacimiento y de la Reforma y por ministerio de Cristóbal Marlowe, es ya el mismo que volverá a descubrir Goethe, aunque en ciertos respectos más espontáneo y más fresco. Y junto a él aparece Mephistophilis, a quien pregunta Fausto aquello de "¿Qué bien hará mi ama a tu señor?" Y le contesta: "Ensanchar su reino." "¿Y es ésa la razón por la que nos tienta así?", vuelve a preguntar el Doctor, y el espíritu maligno responde: "Solamen miseris socios habuisse doloris", que es lo que, mal traducido en romance, decimos: "mal de muchos, consuelo de tontos". "Donde estamos, allí está el infierno, y donde esté el infierno, allí tenemos que estar siempre", añade Mephistophilis, a lo que Fausto agrega que cree ser una fábula tal infierno, y le pregunta quién hizo el mundo.


Mefaustófeles 


Y este trágico Doctor, torturado por nuestra tortura, acaba encontrando a Helena, que no es otra, aunque Marlowe acaso no lo sospechase, que la Cultura renaciente. Y hay aquí en este Faust de Marlowe una escena que vale por toda la segunda parte del Faust  de Goethe. Le dice a Helena Fausto: "Dulce Helena, hazme inmortal con un beso—y le besa—. Sus labios me chupan el alma. ¡Mira cómo huye! ¡Ven, Helena, ven; devuélveme el alma! Aquí quiero quedarme, porque el cielo está en estos labios, y todo lo que no es Helena, escoria es".
 
¡Devuélveme el alma! He aquí el grito de Fausto, el Doctor, cuando después de haber besado a Helena, va a perderse para siempre. porque al Fausto primitivo no hay ingenua Margarita alguna que le salve. Esto de la salvación fue invención de Goethe. ¿Y quién no conoce a su Fausto, nuestro Fausto, que estudió filosofía, jurisprudencia, medicina, hasta teología, y sólo vio que no podemos saber nada y quiso huir al campo libre (hinaus ins weite Land!) y topó con Mefistófeles, parte de aquella fuerza que siempre quiere el mal haciendo siempre el bien, y éste le llevó a los brazos de Margarita, del pueblo sencillo, a la que aquél, el sabio, perdió; pero merced a la cual, que por él se entregó, se salva, redimido por el pueblo creyente con fe sencilla? Pero tuvo esa segunda parte, porque aquel otro Fausto era el Fausto anecdótico, y no el categórico de Goethe, y volvió a entregarse a la Cultura, a Helena, y a engendrar en ella a Euforión, acabando todo con aquello del eterno-femenino entre coros místicos.¡Pobre Euforión!


¿Y esta Helena es la esposa del rubio Menelao, la que robó Paris y causó la guerra de Troya, y de quien los ancianos troyanos decían que no debía indignar el que se peleasen por mujer que por su rostro se parecía tan terriblemente a las diosas inmortales? Creo más bien que esa Helena de Fausto era otra, la que acompañaba a Simón Mago, y que éste decía ser la inteligencia divina. Y Fausto puede decirle: "¡Devuélveme el alma!" 

Porque Helena, con sus besos, nos saca el alma. Y lo que queremos y necesitamos es alma, y alma de bulto y de sustancia.

Pero vinieron el Renacimiento, la Reforma y la Revolución, trayéndonos a Helena, o más bien empujados por ella, y ahora nos hablan de Cultura y de Europa.

¡Europa! Esta noción primitiva e inmediatamente geográfica nos la han convertido, por arte mágica, en una categoría casi metafísica. ¿Quién sabe hoy ya, en España por lo menos, lo que es Europa? Yo sólo sé que es un chibolete (véanse mis Tres ensayos). Y cuando me pongo a escudriñar lo que llaman Europa nuestros europeizantes, paréceme a las veces que queda fuera de ella mucho de lo periférico—España, desde luego, Inglaterra, Italia, Escandinavia, Rusia—, y que se reduce a lo central, a Franco-Alemania, con sus anejos y dependencias. 

Todo esto nos lo han traído, digo, el Renacimiento y la Reforma, hermanos mellizos que vivieron en aparente guerra intestina. Los renacientes italianos, socinianos todos ellos, los humanistas, con Erasmo a la cabeza, tuvieron por un bárbaro a aquel fraile Lutero, que del claustro sacó su ímpetu, como de él lo sacaron Bruno y Campanella. Pero aquel bárbaro era su hermano mellizo; combatiéndolos, combatía a su lado contra el enemigo común. Todo eso nos han traído el Renacimiento y la Reforma, y luego la Revolución, su hija, y nos han traído también una nueva inquisición: la de la ciencia o la cultura, que usa por armas el ridículo y el desprecio para los que no se rinden a su ortodoxia.

Al enviar Galileo al gran duque de Toscana su escrito sobre la movilidad de la tierra, le decía que conviene obedecer y creer a las determinaciones de los superiores, y que reputaba aquel escrito "como una poesía o bien un ensueño, y por tal recíbalo Vuestra Alteza". Y otras veces le llama "quimera" y "capricho matemático". Y así yo, en estos ensayos, por temor también—¿por qué no confesarlo?—a la Inquisición, pero a la de hoy, a la científica, presento como poesía, ensueño, quimera o capricho místico lo que más de dentro me brota. Y digo con Galileo: "Eppur si muove! Mas ¿es sólo por ese temor? ¡Ah, no!, que hay otra más trágica Inquisición, y es la que un hombre moderno, culto, europeo—como lo soy yo, quiéralo o no—, lleva dentro de sí. Hay un más terrible ridículo, y es el ridículo de uno ante sí mismo y para consigo. Es mi razón, que se burla de mi fe y la desprecia. 

Y aquí es donde tengo que acogerme a mi Señor Don Quijote para aprender a afrontar el ridículo y vencerlo, y una ridículo que acaso—?Quién sabe?—él no conoció. 



Unamuno Don Quijote

Sí, sí, ¿Cómo no ha de sonreir mi razón de estas construcciones seudo filosóficas, pretendidas místicas, diletantescas, en que hay de todo menos paciente estudio, objetividad y método... científico? ¡Ya, sin embargo... "Eppur si muove"!

"Eppur si muove!", sí. Y me cojo al diletantismo, a lo que un pedante llamaría filosofía demi-mondaine, contra la pedantería especialista, contra la filosofía de los filósofos profesionales. Y quén sabe. Los progresos suelen venir del bárbaro, y nada más estancado que la filosofía de los filósofos y la teología de los teólogos. ¡Y que nos hablen de Europa! La civilización del Tibet es paralela a la nuestra, y ha hecho y hace vivir a hombres que desaparecen como nosotros. Y queda flotando sobre las civilizaciones todas el Eclesiastés, y aquello de "así muere el sabio como el necio"(2:3). 


(Miguel de Unamuno, Del sentimiento trágico de la Vida; Conclusión: "Don Quijote en la tragicomedia europea contemporánea")




Doctor Faustus and Mr. Marlowe


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domingo, 21 de julio de 2024

Mejor sin nadie

Las cartas de Pierre Teilhard de Chardin a su prima Marguerite Teillar-Chambon durante los años de la Primera Guerra Mundial fueron editadas por ésta con el título P.Teilhard de Chardin: Génesis de un Pensamiento. En las cartas relata episodios de su vida como camillero y sacerdote en el ejército francés, y sobre todo medita sobre sus intuiciones teológicas y su relación con Dios, que encuentra a la vez consoladora y problemática, pues lejos aún de los misticismos evolucionistas del punto Omega, porfía Teilhard en la eterna trampa de intentar ver la historia y la humanidad como guiada y observada (nunca "caprichosamente atormentada") por un Dios personal, esa imposible mezcla de trascendencia cósmica y de "amigo imaginario" que lleva a las mentes a laberintos de espejos, incertidumbres intransitables y despeñaderos abisales—

Hold them cheap

May who ne'er hung there. 

Esfuerzos vanos o contradictorios cuando Teilhard intenta extraer una teodicea de las atrocidades y brutalidad estúpida de la guerra, viéndola como el lugar donde está la acción creativa del mundo, como un conflicto del mundo consigo mismo que lleva a un avance espiritual, a una mayor integración y una espiritualidad superior, etc. etc.... 

 En fin, entre las perplejidades a que se aboca Teilhard intentando justificar ante su prima el sentido divino de la labor de ambos, y buscando más luz en su relación con el Gran Amigo, hay un pasaje revelador—revelador de la otra cara del heroico camillero y del dedicado y piadosísimo sacerdote. Una cara de su personalidad podríamos decir muy poco cristiana, e incluso muy poco humana, aunque quiénes somos para decir lo que es poco humano o demasiado humano. En fin, que es una fea idea o una fea actitud o tendencia (fea a la vez que "muy devota y muy mística") que Teilhard confiesa a su prima en confianza aunque no exactamente como un pecado (y eso que no es algo como para irlo diciendo, aunque al parecer sí es publicable). 

Digo que no me parece muy cristiano, o muy "católico" al menos —pero ya avisaba Nietzsche contra una tendencia malsana en el cristianismo, el rechazo al mundo, el tanatismo o desprecio de lo existente en aras de un mundo mejor. Tendencia virtuosa o desprendida, que si se sale de madre puede inducir a actitudes francamente desagradables o indeseables.

Es un pasaje el que digo donde se juntan en Teilhard de modo inextricable el amor místico a Dios y un cierto satanismo presuntuoso y mefistofélico. Unas tentaciones solipsistas que ni Max Stirner las querría. Por no decir una prepotencia cósmica, un egoísmo galáctico, un elitismo de vértigo, un tanatismo ascético y una misantropía larvada que al parecer el buen sacerdote hacía mucho por no manifestar de maneras ofensivas en su día a día. 

En fin, ésta es la idea— que no digo yo que vaya a causar escándalo hoy. De hecho podría augurar un nuevo brote de teilhardismo entre los actuales animalistas, extincionistas y antinatalistas:

Por mi postal de anteayer, habrás sabido que he recibido tu carta del 10 de agosto [de 1917]. ¿No es curioso que ambos tengamos la misma debilidad, por la vida de contemplación egoísta, sin nada que la perturbe y donde ningún tercero (a menos que sea elegido para ello) se interponga inoportunamente entre los dos esenciales, el alma y Dios? Tienes razón, hay que reaccionar. Además, naturalmente hablando, el "otro" (es decir, todo el mundo, salvo una decena de humanos admitidos en nuestra órbita) es un intruso que nos importuna. Al menos, yo lo siento así, en algunos momentos. Intuitivamente, yo preferiría una tierra llena de bestias, a una tierra llena de hombres. Cada hombre tiene un pequeño mundo aparte, y este pluralismo me es esencialmente desagradable. Es preciso recordar que estamos en devenir, y que toda esta multiplicidad, por la caridad que Nuestro Señor nos exige, contrariamente a nuestros gustos, acabará por no ser más que uno... Es, sin duda, un aumento de esta Unidad, pagado con nuestro esfuerzo por salir de nosotros, lo que se traiciona por este aumento de nuestra vida interior, que sigue a la exteriorización caritativa de nosotros mismos, de que tú hablas. En estos momentos, como en los de sufrimiento providencial, se siente de una manera extraña que nuestra verdadera fuerza no está en nosotros, sino que nos viene de otra parte, cuando plegamos nuestra libertad a unas condiciones de existencia que no tienen nada de común con nuestras pequeñas combinaciones personales.

Quizá haya que ver en todo esto en parte un síndrome de la mili, con Teilhard a la vez fastidiado por la despersonalización del ejército o por el exceso de intimidad a que obliga, y fustigándose a sí mismo a sobrellevar lo que vaya viniendo, por la disciplina debida y por abnegación cristiana. En todo caso arrojan estas reflexiones una luz curiosa sobre la personalidad que llevó a Teilhard a su curioso apocalipsis divino o Big Crunch teológico en el que toda diferencia y contradicción se subsumen en un Dios autocontemplado que por fin— está solo y absorto consigo mismo, una vez depurada su Noosfera, y superadas (aufgehoben) sus creaciones y meditaciones.

 


 

Nacimiento de la Noosfera


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lunes, 28 de agosto de 2023

The Chosen

 

Pozo Fajarnés, José Luis, et al. "The Chosen (Los Elegidos): Análisis crítico de la serie de televisión – TC195." Video. YouTube (fgbuenotv) 3 July 2023.*

         https://youtu.be/rKShpM43E4E

         2023

martes, 4 de julio de 2023

Trinity Personated

 

 


Thomas Hobbes's materialist explication of the doctrine of the Trinity in Leviathan (Part III, "Of a Christian Common-Wealth"), on the basis of his dramatistic notion of personation as central to all aspects of human reality and social life. 


Of the Trinity

Here wee have the Person of God born now the third time. For as Moses, and the High Priests, were Gods Representative in the Old Testament; and our Saviour himselfe as Man, during his abode on earth: So the Holy Ghost, that is to say, the Apostles, and their successors, in the Office of Preaching, and Teaching, that had received tha Holy Spirit, have Represented him ever since. But a Person, (as I have shewn before, chapt. [16].) is he that is Represented, as often as hee is Represented; and therefore God, who has been Represented (that is, Personated) thrice, may properly enough be said to be three Persons; through neither the word Person, nor Trinity be ascribed to him in the Bible. St. John indeed (I Epist. 5.7.) saith, There be three that bear witnesse in heaven, the Father, the Word, and the Holy Spirit; and these Three are One: But this disagreeth not, but accordeth fitly with three Persons in the proper signification of Persons; which is, that which is Represented by another. For so God the Father, as Represented by Moses, is one Person; and as Represented by his Sonne, another Person; and as Represented by the Apostles, and by the Doctors that taught by authority from them derived, is a third Person; and yet every Person here, is the Person of one and the same God. But a man may here ask, what it was whereof these three bare witnesse. St. John therefore tells us (verse 11.) that they bear witnesse, that God hath given us eternall life in his Son. Again, if it should bee asked, wherein that testimony appeareth, the Answer is easie;  for he hath testified the same by the miracles he wrought, first by Moses; secondly by his Son himself; and lastly by his Apostles, that had received the Holy Spirit; all which in their times Represented the Person of God; and either prophecyed, or preached Jesus Christ. And as for the Apostles, it was the Character of the Apostleship, in the twelve first and great Apostles, to bear Witnesse of his Resurrection; as appeareth exprssely (Acts I. ver. 21, 22.) where St. Peter, when a new Apostle was to be chosen in the place of Judas Iscariot, useth these words, Of these men which have companied with us all the time that the Lord Jesus went in and out amongst us, beginning at the Baptisme of John, unto that same day that hee was taken up from us, must one bee ordained to be a Witnesse with us of his Resurrection: which words interpret the bearing of Witnesse, mentioned by St. John. There is in the same place mentioned another Trinity of Witnesses in Earth. For (ver. 8.) he saith, there are three that bear Witnesse in Earth, the Spirit, and the Water, and the Bloud; and these three agree in one: that is to say, the graces of Gods Spirit, and the two Sacraments, Baptisme, and the Lords Supper, which all agree in one Testimony, to assure the consciences of beleevers, of eternall life; of which Testimony he saith (verse 10.) He that beleeveth on the Son of man hath the Witnesse in himselfe. In this Trinity on Earth the Unity is not of the thing; for the Spirit, the Water, and the Bloud, are not the same substance, though they give the same testimony: But in the Trinity of Heaven, the Persons are the persons of one an the same God, though Represented in three different times and occasions. To conclude, the doctrine of the Trinity, as far as can be gathered directly from the Scripture, is in substance this: that God who is alwaies One and the same, was the Person Represented by Moses; the Person Represented by his Son Incarnate; and the Person Represented by the Apostles. As Represented by the Apostles, the Holy Spirit by which they spake, is God; As Represented by his Son (that was God and Man), the Son is that God; As represented by Moses, and the High Priests, the Father, that is to say, the Father of our Lord Jesus Christ, is that God: From whence we may gather the reason why those names Father, Son, and Holy Spirit in the signification of the Godhead, are never used in the Old Tesament: For they are Persons, that is, they have their names from Representing; which could not be, till divers men had Represented Gods Person in ruling, or in directing under him. 

Thus we see how the Power Ecclesiasticall was left by our Saviour to the Apostles; and how they were (to the end they might the better exercise that Power,) endued with the Holy Spirit, which is therefore called sometime in the New Testament Paracletus which signifieth an Assister, or one called to for helpe, though it bee commonly translated a Comforter. Let us now consider the Power it selfe, what it was, and over whom.

 

Hobbes's generalized notion of Person and Personation as a building block of human reality and a tool for social-dramatistic analysis is further commented here:

"How to Make Artificial Persons: Hobbes's Dramatistic Theory of Interaction and of Political Representation." In García Landa, Vanity Fea 10 Oct. 2015.*

         http://vanityfea.blogspot.com.es/2015/10/hobbess-dramatistic-theory-of.html


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lunes, 3 de julio de 2023

Sospechoso parecido

 El sospechoso parecido (iconográfico, digo) entre Dios Padre y Moisés parecería avalar la tesis dramatística de Hobbes sobre la personificación de la Trinidad.

lunes, 28 de septiembre de 2020

René Girard sur Antigone

 


René Girard. (...) La lecture non sacrificielle que je propose ne cherche nullement à effacer des Évangiles les passages qui nous présentent la mort du Christ comme dévouement absolu aux disciples et à l'humanité entière: "Il n'est pas de plus grande preuve d'amour que de mourir pour ses amis" (Jn 15, 13). Remarquons une fois de plus que jamais dans les Évangiles cette preuve n'est définie comme sacrifice. Chez Paul, ce sont des expressions comme "œuvre d'amour" ou "œuvre de grâce" qui lui peuvent être considérés comme métaphoriques en raison de l'absence de toute théorie proprement sacrificielle, analogue à celle de l'Épître aux Hébreux ou à toutes les théories subséquentes.

Le recours au jugement de Salomon permet de traiter comme elle mérite de l'être l'objection dérisoire de masochisme machinalement opposée par les courtiers en démystification à la notion chrétienne du dévouement jusqu'à la mort. 

 

Guy Lefort: Dans la littérature tragique, il existe un texte, je pense, qu'on peut rapprocher du jugement de Salomon et un personnage qu'on peut comparer à la "bonne prostituée"; c'est Antigone.

 

René Girard: Notons d'abord qu'au début d'Antigone, on se trouve "comme d'habitude" chez les tragiques et les prophètes, au paroxysme de la violence réciproque. C'est cela, il me semble, que symbolise, ou désymbolise, la mort simultanée d'Etéocle et de Polynice, l'impossibilité de différencier jusque dans la mort. On ne peut jamais dire ou nier quoi que ce soit d'un des deux frères sans qu'il ne faille aussitôt le dire ou le nier de l'autre. Tout le problème de la violence est là. C'est bien pourquoi Créon entend différencier les frères ennemis; mais il est frappant de constater qu'au ébut de son premier discours dans Antigone, il donne une formule analogue à celles qu'on trouve aussi chez Eschyle et chez Euripide et qui dit, justement, l'impossibilité de toute différence: 

Dans leur double destin, les deux frères ont péri en un seul jour, donnant et recevant les coups de leurs bras iniques.

Euripide, lui, termine ainsi dans les Phéniciennes la description du combat: 

... la poussière aux dents, et chacun meurtrier de l'autre, ils gisent côte à côte, et le pouvoir entre eux n'est pas déapartagé.

En bon chef d'État, comme l'Ulysse de l'Odysée et le Caïphe de l'Évangile, Créon voudrait bien mettre fin à la peste des doubles et il sait qu'il ne peut y parvenir qu'en maudissant un des deux frères et en bénissant l'autre, exactement comme le vieil Isaac dans l'histoire tout à fait parallèle de la bénediction de Jacob.

Si Créon exige que les Thébains soient unanimes, dans leur exécration de Polynice, c'est parce qu'il reconnaît que seule l'unanimité peut conférer à la victime émissaire le pouvoir de restructurer la communauté.

 C'est pourquoi Créon ne peut pas tolérer le  comportement d'Antigone. Antigone s'oppose au mensonge mythologique; elle dit que les doubles sont identiques et qu'il faut les traiter l'un et l'autre de la même façon. Elle dit la même chose, en somme, que le Christ et c'est comme lui qu'elle doit mourir, expulsée elle aussi par la communauté.

Simone Weil, avec son intuition admirable, a reconnu dans Antigone la figura Christi la plus parfaite de tout le monde antique. Elle a mis l'accent sur le vers prodigieux que Sophocle met dans la bouche de son héroïne et qui énonce la vérité de la cité des hommes. Ce vers qu'on traduit généralement par: "Je ne suis pas née pour partager la haine mais l'amour" signifie littéralement: "Non pour haïr ensemble mais pour aimer ensemble, je suis née." La cité des hommes n'est un aimer ensemble que parce qu'elle est aussi un haïr ensemble et c'est ce fondement de haine qu'Antigone, comme le Christ, amène au jour pour le répudier.

A Créon qui ne peut que lui répéter la vieille scie de toutes les cultures humaines: "On ne peut quand même pas traiter les amis comme les ennemis" (lui qui avouait un peu plus tôt la non-différence des deux frères). Antigone répond: "Qui sait si les dieux, en dessous de nous [en dessus de nous?] veulent vraiment cela? (cette différence que tu réclames entre les bons et les méchants)." 

Ce vers suggère ce que les Évangiles rendent complèttemnt explicite: si la divinité existe, elle ne peut pas s'intéresser aux querelles des doubles.

Si grand que soit le texte de Sophocle, on ne peut pourtant pas, selon moi, la mettre sur le même plan que le texte du jugement de Salomon. C'est dans le contexte des rites funéraires refusés par Créon à Polynice qu'Antigone élève sa protestation. Ce n'est pas pour un enfant vivant, comme la prostituée du livre des Rois, qu'elle accepte de mourir, c'est pour un être déjà mort; et à cause de cela, le texte d'Antigone échappe plus difficilement que celui des Rois à une définition sacrificielle. Il n'a pas la même puissance de révélation. La différence entre le texte tragique et le texte biblique, c'est au texte évangelique, bien entendu, qu'il faut demander de la ddéfinir. Seul le texte tragique est passible d'une observation qui revèle ici son sens: Il faut laisser les morts enterrer les morts (Mt 8, 22).

Il est regrettable, assurément, que la puissance d'attention de Simone Weil ne se soit jamais orientée vers les grands textes de l'Ancien Testament. Elle en était empêchée par sa fidélité aux pires aberrations du milieu intellectuel dont elle faisait partie. Tous ses maîtres, comme le philosophe Alain, étaient des humanistes hellénisants qui lui ont inculqué à l'égard du texte biblique l'espèce d'horreur sacrée qui caractérise la pensée moderne dans son ensemble, à quelques exceptions près, genéralement discréditées et privées de toute influence.

 

 

 (René Girard et al., Des Choses cachées depuis la fondation du monde (Le Livre de Poche), 348-51).

 

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Somos lo que representamos

 "Se percibe al instante lo que un hombre parece ser, pero no lo que realmente es". ( El Príncipe,  cap. XVIII)   Maquiavelo insis...